Un récit émouvant, sensible et drôle… La dérision et l’humour sont souvent les meilleures armes face aux désespoirs.
Il y a des livres qui vous marquent, pour moi «Brumes matinales» en fait partie, il se lit d’une traite ! On en ressort avec une force et une énergie époustouflante. Un véritable sentiment de liberté, l’impression que tout est possible !
Issu d'une famille ouvrière de huit enfants, Jean Luc Dabi, parti de rien, a créé et fait breveter un système antipollution pour les pétroliers. Son invention, le JLMDSYSTEM, a connu un succès considérable au point qu'il a réussi à faire coter sa société en bourse. Mais, pour lui sa véritable réussite c'est d'avoir maîtrisé ses démons, surmonté sa détresse, son alcoolisme et son désespoir grâce à sa volonté et à sa persévérance… Aujourd'hui, désireux de faire partager cette victoire personnelle, il consacre une partie de son temps libre à partager son expérience.
Merci tant à mes amis qu'à mes ennemis, qui tous m'ont enseigné à forger mon être intérieur !
Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort !
Frédéric Nietzsche
Avant-propos
Il est très difficile de se lancer dans un récit autobiographique. On pense tous avoir eu une existence tellement originale qu'elle mériterait largement d'être racontée avec panache. D'autant que chaque destinée l'est sûrement à sa façon. Alors, pourquoi écrire la mienne ? Je me suis souvent posé la question : ma vie a-t-elle été suffisamment captivante pour en faire un livre, sans pour cela ennuyer les malheureux lecteurs qui se seraient laissés emporter par un achat impulsif ? Je me suis aussi demandé si je devais tout dire, et surtout, comment relater certains épisodes peu glorieux tout en restant élégant et gracieux. Malgré ma vigilance, il n'est pas exclu que, dominé par mon ego (Ah ! celui-là si je l'attrape…), j'aie été tenté d'être original ou charmeur au point d'en travestir la réalité afin de paraître moins ridicule. Mais, maintenant que vous avez ce texte entre les mains, ce sera à vous d'en juger…
« La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ! »
Fin de ce préambule. J'aime les livres qui démarrent fort, je ne vais donc pas vous ennuyer plus longtemps avec l'introduction. Je vous souhaite de trouver autant de plaisir à lire cet ouvrage que j'en ai pris à l'écrire !
Jean-Luc Dabi
P.-S. : J'avais d'abord pensé au texte ci-dessous pour conclure cet avant-propos, mais je l'ai supprimé par la suite, car je le trouvais un brin prétentieux. Après mûre réflexion, j'ai décidé, à la dernière minute, de le rétablir. Je pense, en effet, qu'il est parfaitement adapté au contenu et à l'esprit de mon récit. Vous me pardonnerez, je l'espère, le côté aguicheur, mais son style s'accorde tellement au rythme de ce livre. Enfin, vous en jugerez par vous-mêmes.
Je vous le livre tel quel :
Une chose est sûre, vous allez être secoués, bousculés, renversés, bringuebalés. Alors, enfoncez-vous bien dans votre fauteuil, attachez votre ceinture de sécurité, vérifiez bien votre position airbag… Accrochez-vous pour le départ, et allez-y roulez jeunesse ! Maintenant, tournez la page et surtout ouvrez bien les yeux dans la descente. Voilà, c'est parti !…
Chapitre premier
Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort
La sonnerie stridente du téléphone résonne dans ma tête, mais je ne parviens pas à m'arracher à mon sommeil profond et comateux. Il me semble presque impossible de me sortir de l'accablante torpeur qui me paralyse. J'ai le sentiment d'être continuellement happé, enlacé par les bras anesthésiants de Morphée. Mon instinct de survie émet d'importants signaux de détresse… Je suis prévenu par toutes les cellules de mon corps : il faut que je réagisse rapidement. Je dois absolument répondre à cet appel ressenti d'abord par mes circuits cérébraux comme une grinçante agression. Après un effort intense et soutenu, je réussis enfin à tendre la main pour attraper ce maudit combiné et le porter lentement jusqu'à mon oreille.
Cela m'a demandé tant d'énergie que je suis totalement exténué. J'ai la sensation de peser quatre fois mon poids, d'être carrément encastré dans mon matelas. Mais qu'a-t-il bien pu se passer pour que je sois dans cet état ? J'ai l'impression d'être aux portes de l'enfer ! J'ai tellement mal à la tête que je sens mon cœur battre à l'intérieur, comme si l'on me frappait le crâne à coups de massue !
Je reconnais soudain la voix de mon beau-frère, qui ne cesse de répéter : « Allô, Jean-Luc ? » J'essaie de lui répondre, mais je n'ai plus de voix. Aucun son ne sort de ma bouche, à peine un léger souffle, comme si j'étais soudain devenu complètement muet.
Je panique, raccroche lourdement le combiné. Il faut que je sorte du lit, sinon, c'est sûr, je vais crever là, comme un chien, englouti dans un sommeil de marbre ! Je ne sais pas combien de cachets et de verres d'alcool j'ai pu avaler la nuit précédente pour être dans cet état lamentable. De toute façon, je m'en fous… Il y a bien longtemps que je ne compte ni ne contrôle plus ma consommation d'alcool et de barbituriques. J'en ai trop besoin pour survivre, pour supporter chaque instant de mon existence. Mon existence… plutôt ce cauchemar qu'est devenue ma vie.
Je transpire, sue à grosses gouttes… je suis maintenant en nage. Si je ne tente pas de me lever, je risque fort de ne plus jamais me réveiller. Impossible de remuer un seul de mes doigts, tous mes membres semblent ankylosés. J'essaie donc de rouler sur moi-même, pour tomber du lit, dans un seul et unique but… Ne surtout pas me rendormir.
La meilleure stratégie serait de me diriger vers la salle de bain. Je suis persuadé que c'est mon ultime planche de salut !
Je réussis enfin à tomber du lit pour m'effondrer sur le sol, dans un bruit sourd de sac à patates balancé sur une épaisse moquette. Je tente désespérément de rejoindre cette maudite salle de bain qui me semble si lointaine et si peu encline à collaborer à ma survie !
J'avance… ou plutôt je rampe, à la manière d'un soldat passant sous des barbelés pour échapper à l'ennemi. Seulement là, l'ennemi, c'est moi ; l'ennemi, c'est mon ivresse et mon désespoir. C'est horrible, mais tellement vrai… je suis devenu mon propre ennemi ! Comment se protéger de soi-même, de son esprit malade, et est-ce vraiment possible ?
Mon propre cerveau, mes pensées les plus intimes semblent vouloir me tirer, m'entraîner dans le plus profond des gouffres, là-bas, dans les abysses où vivent les désespérés et les rejetés de la société, tous ceux qui n'ont pas su s'intégrer, qui n'ont pas réussi à se couler dans le moule que la société impose. Un moule trop précis, trop exigu pour certains ; pour moi en tout cas, et aussi pour tous ceux qui, comme moi, ne savent pas comment s'exprimer, comment rire, comment dormir, comment vivre tout simplement… sans un petit cachet ou un petit verre d'alcool. « Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ! » Cette citation de Musset, cette phrase banale et stéréotypée prend tout son sens quand on a le malheur d'être un malade alcoolique, un handicapé de l'âme, un frustré de l'émotionnel…
Mon angoisse est tellement forte que j'ai du mal à respirer sans ressentir une puissante douleur au niveau des poumons et du sternum. Avoir perpétuellement la gorge serrée et la bouche desséchée semble être devenu mon pain quotidien. Peut-on pour autant s'habituer à la souffrance, aussi familière soit-elle ?
Je ne sais pas. Je ne crois pas. En tout cas, en ce qui me concerne, je ne m'y suis jamais réellement habitué. J'ai toujours tenté de lui résister, de me débattre, de vendre chèrement ma peau, d'être pour elle une proie difficile, mais en vain.
L'extrême souffrance, l'intense douleur mentale que vous ressentez quand, par malheur, vous tombez dans ses griffes devient si sournoise qu'elle finit par resserrer son étreinte autour de votre gorge et vous enlace comme une pieuvre géante. Elle vous fait l'amour une première fois et vous viole ensuite chaque jour, presque chaque instant… Elle devient une maîtresse exigeante et impitoyable, dont les bras et les doigts acérés vous pénètrent comme des lames de rasoir jusqu'au plus profond de votre être, de vos organes, de vos entrailles…
Quelle tristesse, quelle misère que d'être perpétuellement dans cet état ! Il me semble alors que rien ni personne ne pourra m'en libérer. Condamné à mort… ou condamné à vie, ce qui est bien plus terrifiant !
Après cinq minutes qui m'ont semblé interminables, j'arrive enfin, en m'appuyant sur le bidet, à me hisser au-dessus du lavabo. J'ouvre le robinet, l'eau coule sur ma main, mais je n'éprouve rien, aucune sensation, ou si peu. Mon corps est tellement engourdi que j'ai du mal à ressentir la différence entre le chaud et le froid.
Je décide de mettre ma tête sous l'eau. Pour y parvenir, je dois faire un ultime et suprême effort afin de me soulever. Je puise mes dernières ressources dans l'énergie du désespoir… et l'eau finit par dégouliner sur mon front, pour enfin ruisseler le long de mon visage.
J'ai la désagréable impression que mon visage n'est plus le même, qu'il n'est plus fait de la même matière, qu'il est devenu dur, insensible, comme si on l'avait recouvert d'une couche de résine, comme un masque étrange plaqué contre ma peau.
Je n'éprouve plus aucune sensation ; c'est à peine si je perçois la différence entre le chaud et le froid. Je vais peut-être mourir… là, bêtement, dans ma salle de bain… Moi qui avais toujours rêvé d'un destin fabuleux !
Je ne sais plus très bien pourquoi je me suis battu avec autant d'énergie pour ma survie. Cela faisait pourtant des années que je voulais me suicider, j'aurais plutôt dû être content de la tournure que prenaient les événements.
Mais ce jour-là, non ! Je n'avais plus envie de mourir, du moins pas à cet instant précis, pas à cet endroit, pas comme ça. Un suicidaire n'accepte de mourir que lorsqu'il a choisi le moment et l'heure, sinon l'instinct de survie reprend le dessus.
Heureusement (ou malheureusement, c'est au choix), je sens peu à peu la fraîcheur de l'eau caresser ma peau, mes paupières et mes lèvres. J'ouvre la bouche, pour y laisser pénétrer un peu de cette eau bénite qui ruisselle maintenant de tous côtés. Je reviens tout doucement à la vie.
Je sais, ou plutôt je sens maintenant que je vais m'en sortir. La Vie, les dieux, l'Univers, me donnent encore une nouvelle chance.
Pourquoi ? Pas encore prêt à leur goût, peut-être ? Pas tout à fait mûr pour le baiser de la mort, pour le grand saut de l'ange ?
C'est du moins ce que semble vouloir me faire comprendre le vieux monsieur avec sa longue barbe blanche, assis là-haut sur son moelleux nuage blanc, et dont l'humour paraît souvent si particulier, voire parfois, à travers les âges, guerrier et sanguinaire.
Quelques minutes après ce bain d'eau fraîche, je commence à sortir peu à peu de ma lourde torpeur. Je décide d'aller m'asseoir dans le fauteuil du salon, face à la télévision familiale. Je rejoins péniblement mon trône de dérision, la place royale, celle du bon à rien, du chômeur, du noctambule.
Je me traîne tant bien que mal et réussis enfin à me vautrer dans ce fauteuil bon marché, en cuir marron, à l'admirable « faux style anglais ». Dans cet appartement, tout est de mauvais goût : des couleurs excentriques et criardes, une gondole verte et bleue d'un parfait kitsch désargenté, une poupée rose achetée sur les marchés en Italie, des bougeoirs dorés, un lustre baroque en cristal de pacotille, un faux salon Louis XVI et un meuble TV ultra-design. Rien n'est en harmonie avec rien ! C'est un appartement dans le plus pur « style populaire », au sens le plus péjoratif du terme. Les murs sont aussi épais que du papier à rouler des joints, ce qui vous permet (avantage très relatif) d'entendre les voisins tirer la chasse d'eau, faire l'amour, et même – comble de l'ironie – se chuchoter leurs petits secrets à l'oreille ! Ce décor de carton-pâte, c'est l'appartement de mes parents, celui où j'ai passé mon enfance et ma très douloureuse adolescence ; c'est là que j'ai connu mes plus violentes angoisses existentielles.
Cinq sœurs, trois frères et mes parents : plus de dix personnes essayant de vivre tant bien que mal sous le même toit.
Moi qui avais toujours souhaité être fils unique, pour qu'on ne s'occupe que de moi et qu'on ne s'intéresse qu'à mon sort, je ne pouvais pas rêver mieux ! Ça oui, j'étais servi : « Dans la famille Pauvre-de-Moi, je demande le fils ! » Comme tous les êtres complexés et mal dans leur peau, j'étais évidemment égoïste et égocentrique.
Assis dans le fauteuil, je commence petit à petit à reprendre mes esprits, ce qui ne présage rien de bon : un alcoolique est en très mauvaise compagnie avec lui-même, particulièrement quand il retrouve ses esprits. En fait, le problème est qu'un alcoolique n'est vraiment bien que lorsqu'il est assez saoul pour ne pas voir la réalité, pour ne pas être écrasé par le poids imaginaire de son quotidien. Alors, s'il y a une chose qu'il ne veut surtout pas reprendre, c'est bien ses propres malheureux esprits !
En l'occurrence, je dois reconnaître que je n'étais pas mécontent de revenir à la réalité, pour une fois. Cela signifiait que je n'allais pas mourir, pas maintenant du moins.
Mais, qu'avait-il bien pu se passer hier, ou plutôt… avant-hier, pour que je sois dans cet état-là ?
J'avais dormi presque quarante-huit heures d'affilée… Oui voilà, ça y est ! Je me souviens peu à peu de ce qui s'est passé. Bien sûr… J'avais décidé de me suicider ! Eh oui, encore une fois ! J'en avais marre de faire semblant d'être heureux, semblant d'être normal. Alors, après avoir supporté une nouvelle période difficile, où je me sentais de moins en moins un être humain et de plus en plus un zombie, j'avais pris la décision de mettre fin à ma souffrance mentale. Pour atteindre rapidement et simplement cet objectif, une seule solution : mettre un terme au compte à rebours qui me séparait du moment fatal, du moment crucial, celui de l'extinction des feux, du repos final et éternel.
Quoi de plus logique, quand on vit dans l'illogisme, que de choisir une solution illogique à ses problèmes irrationnels ?
Durant cette mémorable nuit dont chaque seconde défilait dans ma tête, j'avais vainement cherché un peu partout dans la maison mes pilules de survie, les petites pilules blanches qui soudain me faisaient défaut. Plus rien zéro, ma boîte était lamentablement vide… Zéro, un chiffre qui saccage votre nuit en un rien de temps et qui la rend tout aussi blanche que ces foutues pilules ! Il faut dire qu'on était dimanche et que mon stock de Témesta, ma petite drogue légale (vendue par mes deux dealers préférés, mon médecin et mon pharmacien), était épuisé.
Ce soir-là, dans mon lit, j'étais en état de manque, et tout prenait des proportions démesurées. Pas moyen de dormir : angoissé, paniqué, je transpirais abondamment. Je me tournais et me retournais inlassablement dans mes draps chauds et mouillés de sueur. Je fixais désespérément le plafond pour tenter de calmer mes angoisses.
Après quelques heures de ce traitement tout juste bon à ruiner le moral du plus joyeux des gais lurons (ce que j'étais loin d'être), ne trouvant plus aucune issue à mon angoisse, incapable de m'extraire de l'immense dépression où je m'enlisais, j'échafaudai un plan pour éliminer radicalement ma cruelle maîtresse : ma souffrance. Oui, je devais me débarrasser une fois pour toutes de cette trop fidèle compagne, cette insoutenable souffrance quotidienne qui avait pris, cette nuit-là, de gigantesques proportions!
Or, le meilleur moyen, me semblait-il, d'éliminer un ennemi qui réside à l'intérieur de moi, c'était d'en détruire son habitation.
Le plan était simple et limpide : un beau suicide, avec une lettre d'adieu, touchante si possible, intelligente aussi, pour que l'on sache enfin quel être sensible et raffiné j'étais. (Je veux bien mourir, mais dans l'admiration générale, s'il vous plaît !)
Il ne me restait plus dès lors qu'à attendre le matin pour faire le tour des médecins du quartier et leur expliquer que, mon médecin de famille étant en vacances, que devant partir moi-même pour trois mois aux USA, il me fallait ma dose habituelle de tranquillisants, et que blablabla…
Tôt ce matin-là, je m'étais donc levé de ce lit-prison, que je vivais comme une véritable camisole de force, pourtant personne ne m'avait obligé à y passer la nuit… Mais je m'y été senti happé, comme aimanté contre le matelas par une force sournoise et maléfique... C'était devenu, cette nuit-là, ma pauvre fatalité.
Je me souviens très bien avoir enfilé mon jean sans faire de bruit, pour ne pas réveiller mon jeune frère. Michel, un frère avec lequel je ne m'entendais pas et ne m'entends d'ailleurs toujours pas à ce jour, vingt ans après. Avec le temps, j'ai compris qu'il y a des gens qui ne sont pas forcément mauvais, qui peuvent même être plutôt sympathiques, mais avec qui on ne s'entendra jamais.
Une fois vêtu de mes vêtements de condamné à mort, je descends dans la rue, la gorge serrée (j'avais quand même décidé de me suicider !).
Je ne cessais de me répéter tristement et avec un rien de nostalgie : tiens, c'est la dernière fois que je vois ce voisin, la dernière fois que je passe devant ce café, que je vois madame la concierge et tout ce folklorique voisinage qui avait peuplé mon enfance !
Moi, c'est certain, je n'allais pas leur manquer. Un désespéré, ça ne manque à personne, ça dérange même un petit peu. On ne sait pas comment se comporter en sa présence. Si l'on est trop heureux, on se culpabilise de l'être devant lui ; si l'on n'a pas le moral, on n'ose pas le lui montrer, de peur d'être indécent face à sa véritable détresse. C'est vrai, quoi, c'est dérangeant un déprimé, surtout un déprimé chronique, un déprimé perpétuellement mal dans sa peau !
Voilà, c'était exactement cela : j'étais devenu dérangeant. Moi, moi qui avais tellement rêvé, tant espéré pour le petit Jean-Luc : « Quand je serai grand, je serai chanteur, je serai directeur, je serai capitaine, je serai, je serai… » Tous les mômes font ça, n'est-ce pas ? Mais là, c'en était fini de moi : plus de rêves, plus de projets, plus de grands voyages. C'était la fin de tout, je partais mettre un terme définitif à toute idée de futur !
J'ai passé une bonne partie de la nuit à imaginer mon enterrement. Je peux vous assurer que, dans cette mise en scène orchestrée par moi-même, tout le monde pleurait : mes parents, mes frères et sœurs, mes amis. Ils étaient tous profondément peinés de ne pas avoir compris plus tôt que j'avais besoin d'une main tendue, besoin d'une aide charitable, généreuse et compatissante.
Après avoir romancé et scénarisé à plusieurs reprises mes touchantes funérailles, j'étais fin prêt, ce matin-là, à accomplir l'acte qui allait sceller mon destin, l'unir à jamais à celui de tous les auteurs maudits, tous les incompris, les trop sensibles, trop clairvoyants, trop réalistes. C'était Verlaine, Rimbaud, Proust… et moi ! « Mais moi, moi qui étais le plus fier, je me prenais encore pour MOI », comme le chantait mon parrain adoptif, le grand Jacques Brel (l'adoption ne s'était faite que dans un sens, car lui, malheureusement, n'avait pas eu vent de mon existence).
J'ai repéré les médecins des alentours. Aucun d'eux ne recevant avant 13 h 30, je devais encore patienter un moment avant d'en finir avec ma piteuse existence.
La dernière heure, je l'ai passée dans un bar-tabac-brasserie, plein de bruit. Dans ce vain brouhaha, tous les prolos et petits ronds-de-cuir du quartier venaient avaler rapidement leur petit repas avec leur petite bière désaltérante – la justifiable : celle de midi !
L'ambiance rêvée pour mes dernières minutes sur terre, n'est-ce pas ? J'ai commandé un Coca, car l'alcool ne passait pas dans ma gorge sans ma prise quotidienne de pharmaco-drogue. En fait, sans bien m'en rendre compte, j'étais en manque, physiquement et mentalement. Il me fallait mes anxiolytiques !
La bouche desséchée et la gorge serrée par mon angoisse omniprésente, assis à une petite table près de la fenêtre, j'ai porté le verre à ma bouche en me disant : « C'est mon dernier Coca… » Et là, comble du désespoir, ma bouche était tellement sèche que le liquide est resté bloqué. Je n'ai pu boire une seule goutte de ce merveilleux breuvage (aussi infect qu'étrangement addictif).
C'est idiot, mais, à ce moment-là, je me suis mis à pleurer. Mon corps souffrait tellement que je n'étais plus capable de le nourrir ni même d'avaler le moindre liquide.
J'étais vraiment triste, des larmes coulaient sur mes joues. Personne ne me regardait, personne ne me voyait. J'étais seul au milieu de la foule, de ce tumulte, de cette cacophonie, où je n'avais rien à dire à personne et où personne n'avait rien à me dire !
C'est la pire des solitudes : être parmi la foule de ses semblables, de ses frères humains, paraît-il, et s'y sentir aussi solitaire qu'un naufragé perdu au milieu de l'océan.
Moi qui adorais les mélodrames, j'étais servi !
Je n'osais regarder personne dans les yeux. J'avais l'impression d'avoir un regard tellement triste, tellement effrayé… qu'il allait à coup sûr faire peur à tous ces braves gens ! Je regardais fixement la table devant moi afin de ne pas les déranger, eux, les vrais êtres humains, ceux qui, nonobstant une vie morne et stupide, semblaient malgré tout heureux de vivre… « Bienheureux, les pauvres d'esprit… », pensais-je avec un rien de condescendance.
Moi, j'étais trop intelligent pour être heureux. Mon esprit avait déjà tout compris. Je ne pouvais pas me satisfaire de ces petits plaisirs absurdes qui semblaient rendre heureux la plupart de ces gentils idiots-naïfs.
Quel orgueil, n'est-ce pas ? Mais quand on est dans cet état-là, on ne se rend même pas compte que c'est cet orgueil justement qui est le responsable de notre isolement et de la plupart de nos maux.
Et puis, lorsqu'on est vraiment malheureux, autant penser que c'est par trop d'intelligence plutôt que le contraire ! (Une bonne gifle en passant à tous les petits Verlaine et à tous les poètes maudits des temps modernes, moi y compris, qui se pensent trop intelligemment malheureux et douloureusement incompris.)
13 h 25, je me lève et demande timidement à payer ma consommation.
Dans ma paranoïa, j'ai l'impression que le barman me jette un regard noir et culpabilisateur, et que tout le monde m'en veut d'être mal dans ma peau. Comme si je montrais aux gens une face cachée d'eux-mêmes, une face dont ils ne veulent pas reconnaître l'existence. En la niant, on se dit peut-être qu'elle nous oubliera, que nous pourrons l'esquiver jusqu'à ce que la vieillesse et la mort nous offrent l'ultime échappatoire, nous, pauvres malheureux dissimulés, perdus, cachés dans une vie confuse de faux-fuyants et de camouflages dignes d'un caméléon.
Moi, je n'avais plus de protection, j'étais un écorché vif, j'avais petit à petit enlevé chaque couche de ma peau, de l'épiderme à la chair même, à coup de vodka, de whisky, de barbituriques et de drogues douces. (Ah ! la marijuana… Douce, mais tellement enveloppante qu'elle vous projette dans un monde où la paranoïa règne en maîtresse absolue.)
Je pensais que mon corps, mon âme, mes organes, mes cellules m'en voulaient atrocement de cet état pitoyable auquel je les avais réduits et où ils mijotaient à longueur de journée.
Ils avaient donc décidé de me le faire payer au prix le plus fort, c'est-à-dire, par une lente agonie ! Objectif : autodestruction. Comme l'option delete sur un ordinateur : lorsqu'on clique sur le bouton, c'est fini, tout se détruit irrémédiablement.
Quand je sors enfin de ce charmant café-tabac, j'ai mal à la tête et une impression de sourdine dans les oreilles m'empêche d'entendre correctement tous les bruits qui m'entourent, ceux des pas, des voitures… Je perdais de plus en plus l'instinct animal, l'instinct d'autoprotection, cet indispensable instinct de survie !
Je me dirige vers l'entrée de l'immeuble du médecin. J'avance la tête basse pour ne pas croiser le regard des passants, pour surtout ne pas les ennuyer avec mon mal de vivre. Je n'osais pas exister trop fort, j'étais d'une discrétion forcée par mon mal-être constant. Mais, comme tous les alcooliques, il me suffisait d'avoir ma dose pour devenir bruyant, lourd et tapageur.
J'entre dans le cabinet du docteur. C'était un petit dodu, avec le visage bien rond, probablement originaire d'Afrique du Nord, il n'avait pas le type arabe, plutôt pied-noir, sûrement juif, comme moi. Mais moi, aujourd'hui, je n'étais plus juif, ni pied-noir, ni français, je n'appartenais plus à l'espèce humaine mais plutôt à celle des morts-vivants, ceux dont le cerveau s'était sûrement perdu dans le gouffre noir et sans fin de l'éternité.
Quand on est désespéré, on est hors religion, hors nationalité, hors vie, HORS SERVICE…
Je n'ose pas regarder le médecin dans les yeux. Je balbutie quelques mots, je bégaie, je transpire, je suis trop nerveux, je tente même un sourire complice tout en lui parlant, mais il n'a pas l'air de marcher dans mon baratin.
Il pose un regard inquiet sur ma personne et tout à coup me demande si je ne suis pas, par hasard, le frère d'une Martine mariée à un certain Simon B. ?
Incroyable ! Moi qui voulais garder le plus strict anonymat (quand on se suicide, on souhaite un minimum d'intimité), voilà que le premier docteur que je consulte pour préparer ma mort est un grand ami de ma sœur et mon beau-frère !
Pourquoi, dans les situations les plus dramatiques, y a-t-il toujours un détail ridicule qui vient briser la solennelle gravité de l'instant ? J'exige un minimum de mélodrame ! On n'est ni au cirque, ni dans un vaudeville : c'est ma vraie vie qui se joue, que diable !
Je dois avouer qu'à ce moment-là, je n'en riais pas vraiment. J'étais même plutôt mal à l'aise, très gêné d'avoir à confier mon désespoir à ce médecin passé en quelques secondes du statut de parfait inconnu à celui d'ami de la famille.
Merci, vous là-haut, quelle dérision ! Si cela ne vous dérange pas trop de m'humilier un peu plus, n'hésitez pas !
Même quand je veux me suicider, on ne me respecte pas, on ne me prend pas au sérieux. J'ai même l'impression qu'on essaie de me faire passer pour un des héros pathétiques des films de Woody Allen !
J'avais envie de crier à tous ces dieux, là-haut : « Y a des gens qui se suicident ici, un peu de respect, tout de même ! », à la manière des livreurs parisiens qui assènent la même formule aux automobilistes depuis des années : « Y a des gens qui travaillent ici, un peu de respect, merde ! »
Enfin, j'arrive malgré tout à faire comprendre au médecin que j'ai absolument besoin de ces médicaments. Il m'en prescrit quelques boîtes, il n'était pas très convaincu, il aurait préféré que j'entame rapidement une psychothérapie. J'acquiesçais pour lui faire croire que j'étais d'accord avec lui et ainsi couper court à toute discussion. Comment lui dire que le seul but de ma visite était de récupérer le plus d'anxiolytiques possible afin de me suicider tranquillement en m'endormant tout doucement, sans faire de bruit et sans trop souffrir physiquement ?
En fait, j'avais envie de lui crier : C'est pas d'une psychothérapie dont j'ai besoin ! Je veux qu'on me change le cerveau, qu'on me mette un cerveau tout neuf, un cerveau standard, un peu comme on échange le moteur d'une voiture ! Ensuite qu'on balance l'autre à la poubelle, il doit bien y avoir des poubelles pour les cerveaux qui ne fonctionnent pas bien, pour ceux qui ont un défaut de fabrication… Les plus grands constructeurs ont l'humilité de le reconnaître quand il y a des ratés. J'entends cela à la radio toutes les semaines : « Veuillez, s'il vous plaît, rapporter tous les véhicules de la marque… dont le numéro de série commence par… Ils vous seront échangés contre un nouveau véhicule. » Alors, pourquoi DIEU ne ferait-il pas de même ?
Moi, je voulais un nouveau cerveau, sans fantômes, sans angoisses, sans peurs, sans ces ennemies invisibles et diaboliques (mes pensées) qui y habitaient et dont le seul objectif était de me voir finir dans la chambre d'un hôpital psychiatrique, simplement vêtu d'une somptueuse camisole de force et entouré de murs aux renforts matelassés destinés à protéger de lui-même et de son propre cerveau malade le pauvre bougre que j'étais !
Au bout du compte, le médecin m'avait également prescrit un petit flacon pour m'aider à dormir. Je devais en prendre seulement huit gouttes, pas plus (bien sûr !), avant de me coucher. Eh bien, ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un muet ! Cette petite bouteille allait servir une grande et noble cause… Celle de mon dernier voyage vers le baiser de la mort ! Merci, petit docteur de quartier, vous rendez service à un grand homme (grand par sa souffrance et par son égoïsme). Mon ami, vous rendez service à la Nation tout entière, le général de Gaulle vous remercie et vous salue en mon nom !
Je repars de chez lui encore plus mal que j'y étais rentré. Je passe à la pharmacie d'en face. La pharmacienne me regarde avec un mélange de tristesse et de dégoût. J'ai horreur de ce genre de fausse compassion, quand on vous regarde avec cette expression de répugnance qui veut dire : « Pauvre homme… Dieu merci, moi, je ne suis pas comme lui. » Allez tous au diable avec votre fausse pitié !
Je prends les médicaments prescrits et m'empresse de recommencer le même cinéma chez le généraliste suivant. Le matin même, j'avais sélectionné plusieurs toubibs afin d'atteindre le nombre de médicaments nécessaire au bon déroulement de mon suicide.
J'arrive dans le cabinet du second médecin de quartier, réputé pour ses consultations et ses arrêts de travail conciliants. On m'accueille dans la salle d'attente. Beaucoup de monde, avec quand même une majorité de Maghrébins. Sont-ils plus fragiles ou plus malades que les autres ? Ont-ils des amitiés particulières avec les médecins de quartier ?
(Moi qui suis d'origines juive et maghrébine, je devrais donc être affublé de tous les maux ? C'était pour ça que je me sentais plus malade que les autres, que je fréquentais tant les salles d'attente des médecins ? Tout s'expliquait enfin…)
C'est drôle, j'ai écrit « Maghrébins » ! On dirait un terme scientifique qui permet de parler des Arabes sans passer pour un raciste. Mais est-ce raciste de dire « Arabes » ?
C'est pareil pour le mot « juif », il sonne comme une insulte, c'est pourquoi certains disent « israélite » ou « de religion juive ».
Pourtant, je ne suis pas raciste. Je le suis peut-être, mais, c'est plus contre les fascistes, les ignobles, les salauds, ceux qui veulent imposer leurs idées, leurs points de vue, ceux qui frappent et martyrisent les femmes, les enfants, les animaux pour se donner une contenance, pour avoir l'impression de dominer ou de se sentir plus forts que les autres. Oui, envers ceux-là, je suis raciste ! Les Arabes qui sont comme ça, je ne les aime pas, c'est vrai ; les Juifs, les Français et tous les autres qui le sont à leur manière, je ne les aime pas non plus !
Qui plus est, malgré mes origines, il y a des Arabes que j'aime beaucoup et des Juifs que je n'aime pas (et vice versa) ! La majorité d'entre eux, ceux que je connais en tout cas, sont sensibles, compatissants et humains. Un de mes amis les plus proches, un de ceux que je considère réellement comme un frère, s'appelle Samy El Ouardani. Il est arabe tunisien et de religion musulmane. C'est l'un des êtres les plus doux et les plus gentils que j'aie eu la chance de rencontrer dans mon existence.
Je n'ai pas l'impression, en ce qui me concerne, d'appartenir réellement à la communauté juive. Je me sens citoyen du monde, et même citoyen de l'univers ! Nous ne savons pas combien d'exoplanètes compte l'univers. Des milliards sûrement. Combien d'entre elles sont peut-être habitées par des êtres, comme nous, plus ou moins évolués ? Qu'importe d'ailleurs d'où viennent les êtres que nous rencontrons ou que nous rencontrerons. L'important est leur capacité de compréhension et d'amour envers les autres, qu'ils soient de race humaine, animale, ou autre ! La gentillesse et l'humour priment pour moi sur tout autre critère.
L'important est invisible à l'œil nu, l'important, c'est l'âme, c'est ce qui n'est pas palpable, c'est ce qui vous fait aimer quelqu'un ou le détester. Référence au merveilleux livre de Saint-Exupéry, Le Petit Prince.
J'aime les gens eu égard à leur sensibilité, à leur beauté intérieure, le reste ne m'intéresse pas vraiment, qu'ils soient Juifs, Arabes, Anglais, Américains, Martiens…
Je me réserve le droit de dire que je n'aime pas certains agissements typiquement arabes ou typiquement juifs ou encore typiquement américains sans pour autant avoir peur de passer pour un raciste, un antisémite ou de faire de l'antiaméricanisme. De toute façon, j'ai un peu de ces trois cultures en moi.
Je n'aime pas les religieux. Je n'aime pas non plus les fanatiques. Mais s'il y a une catégorie qui m'exaspère au plus haut point, c'est bien celle des fanatiques religieux ! Ils profitent souvent d'une mauvaise interprétation (ou plutôt de leur propre interprétation des livres religieux) pour dominer et manipuler leur femme, leur famille et leur entourage.
Il a fallu tellement de courage et de ténacité pour que les femmes obtiennent leur indépendance et leur liberté que les voir d'elles-mêmes, aujourd'hui, exiger le droit de retourner en arrière en raison de pratiques religieuses, de contraintes familiales, ou du besoin de marquer leur différence, me chagrine profondément ! Des pratiques religieuses qui n'ont d'ailleurs de religieux que l'apparat ! La religion ne doit se vivre que de l'intérieur.
La différence se remarque de l'intérieur vers l'extérieur, pas l'inverse !
Les femmes qui me désolent le plus sont celles qui obéissent aveuglément à ces contraintes et qui se couvrent la tête ou le corps entier de foulards, de perruques et autres artifices symboliques de soumission (pratiques courantes chez les juifs et les musulmans orthodoxes). Cela me donne l'impression de voir entrer un crocodile dans un atelier de maroquinerie ou un magnifique cerf traverser une meute de chasseurs.
Il y a des choses qui m'échappent totalement dans ce monde, tous ces gens qui agissent à l'encontre de leurs propres intérêts, de leur propre sensibilité et de leur propre liberté intrinsèque !…
Ce sont plutôt ces gens-là que je sens être d'une autre race, d'une autre religion, pas ceux qui viennent de pays différents ou qui pratiquent des traditions différentes…
J'attendais avec impatience mon tour de consultation chez le deuxième médecin dans une ambiance qui n'était pas des plus agréables. Des chuchotements plus qu'audibles, des bruits, des déplacements et des odeurs (comme l'avait dit si élégamment Jacques Chirac) qui me faisaient penser davantage à un bureau de la Sécurité sociale qu'à la salle d'attente d'un médecin.
Je me sentais pour ma part de plus en plus mal, j'étais très nerveux, j'évitais de croiser le regard des gens autour de moi.
Cela faisait quand même quarante-huit heures que je n'avais pas pris un antidépresseur ou la moindre pilule de survie. J'étais donc dans une terrible phase de manque.
Soudain, une idée pratique me saisit : en attendant d'avaler mes deux cents anxiolytiques en vue de la concrétisation d'une mort préméditée, je pouvais très bien aller dans les toilettes pour en avaler une petite dizaine bien méritée. Cela me permettrait de me sentir un peu moins angoissé et un peu moins stressé face à ce brave et conciliant médecin !
Le temps que mon tour de consultation arrive, les antidépresseurs avaient déjà commencé à faire leur effet à l'intérieur de mon corps et de mon cerveau. Je me suis senti tout à coup plus relax, plus détendu, j'avais envie de m'amuser, de rire, j'étais presque euphorique.
Le docteur me fait gentiment entrer dans son cabinet et me demande, avec un regard sérieux et grave, ce qui n'allait pas.
J'essaie de lui expliquer tant bien que mal mais… tout à coup, je suis pris d'un fou rire (l'effet des médicaments). Je bafouille alors quelques mots en essayant de garder mon sérieux, je suis rattrapé par ma crise de fou rire. Je m'excuse stupidement tout en m'esclaffant… J'en pleurais presque.
Le plus incroyable, le plus antinomique, c'est que j'essayais d'expliquer au médecin en face de moi que j'étais dans une période de forte déprime, que j'avais besoin d'antidépresseurs de toute urgence afin de ne pas tomber dans une profonde dépression… tout cela en riant aux éclats !
Il m'a regardé avec des yeux tout ronds et sans un sourire, sans même prêter attention à mon hilarité excessive, comme s'il n'avait rien remarqué. Il me prescrit complaisamment l'ordonnance nécessaire à mon cher suicide. Je m'empresse de sortir de son cabinet tout en essayant maladroitement de cacher ce satané fou rire. Je me demande encore aujourd'hui ce qu'a pensé de moi ce médecin en me voyant dans cet état. Un comportement qui était complètement contradictoire avec mon discours de patient en détresse, mais il en avait sûrement vu d'autres. « Au suivant… » (Jacques Brel)
Après un passage rapide dans une autre pharmacie pour les besoins de la cause, j'arrive enfin chez mes parents avec mon panier à provisions rempli de bons et nourrissants cachets bien frais. Heureusement, personne n'est là : ma famille était partie en vacances et mon frère Michel n'apparaissait que quelques heures tous les deux ou trois jours entre deux discothèques.
À moitié stone, je ne suis même plus déprimé, j'ai plutôt l'esprit enjoué, enivré par ma consommation récente et excessive de pilules.
Je savais très bien au fond de moi que cet état n'allait pas durer. Une fois l'effet des anxiolytiques dissipé, mes peurs et mes angoisses existentielles reprendraient de plus belle le contrôle de mon cerveau. Je le savais pour l'avoir expérimenté des centaines de fois auparavant. Pourquoi relâcheraient-elles une proie aussi facile ? Un peu comme le virus du sida : c'est pratiquement pour la vie… ou plutôt pour la mort !
J'ai vidé le contenu des boîtes de Témesta sur la table, j'ai fait un joli petit tas de mes pilules, un tas de forme pyramidale, comme si l'esthétique avait de l'importance dans un moment pareil. J'ai pris une bouteille de vodka, je m'en suis servi un verre plein, j'ai mis une dizaine de pilules dans le creux de ma main et je les ai avalées avec une grande rasade. Je recommence deux autres fois la même opération, bien déterminé à en finir avec ma triste et malheureuse existence !
J'attaque ma quatrième poignée, quand le téléphone se met à sonner. D'abord, je laisse faire, deux fois, trois fois. Finalement, je décide d'aller décrocher, moins dans le but de répondre à ce futile appel que pour arrêter le bruit de cette maudite sonnerie qui semblait s'être insinuée dans mon circuit cérébral. J'étais de plus en plus groggy à cause de toutes les saloperies que j'avais avalées durant cette rocambolesque fin de matinée.
Au bout du fil, j'entends soudain la voix de mon ami Édouard, qui semblait émerger d'une fréquence radio brouillée. Il me demande ce que j'ai prévu de faire ce soir-là. Que lui répondre ? « Rien de trop spécial, juste un petit suicide, et toi mon pote, tu vas faire quoi ? » Je préfère bien évidemment prétendre être occupé à différentes petites choses. Il s'étonne de ma voix somnolente (après un peu plus de cinquante Témesta avalés, notez bien qu'il est normal d'avoir ce genre de voix).
Il me propose alors de venir le rejoindre dans sa bijouterie. Il était, d'après ses propos, avec deux jolies filles dont l'une me connaissait de vue apparemment. Elle semblait très intéressée de faire ma connaissance, mon physique l'avait sûrement marquée au fer rouge puisque nous ne nous étions, semble-t-il, jamais parlé.
J'ai répondu à Édouard : « Je ne peux pas, car je dois absolument finir ce que j'ai déjà commencé. »
Un temps de pose, puis il me suggère (très habilement d'ailleurs), de reporter au lendemain ce que j'étais en train d'accomplir. D'un coup, ça a fait tilt dans ma tête. Je me suis dit : « Oui, pourquoi pas, après tout, je peux très bien finir mon suicide demain ! Il n'y a pas le feu, personne ne m'attend là-haut. En tout cas, si quelqu'un m'attend, il ne semble pas y avoir d'urgence particulière ! Et puis, je serai toujours assez vivant demain (pas moins qu'aujourd'hui en tout cas) pour pouvoir me suicider et mettre fin à ma misérable vie ! Pourquoi ne pas profiter de cette belle soirée offerte par le hasard, avec une jolie blonde dans mes bras en plus ? Ce serait idiot de refuser. J'avais tellement souffert la nuit dernière que je méritais bien un peu de bon temps ! »
L'esprit complètement embué par ma consommation de drogues médicamenteuses, je prends ma belle voiture blanche décapotable et je traverse Paris à plus de 178 km/h. Le radar de la police et la contravention que j'ai reçue par la suite faisaient foi de ma folie – une folie tout aussi dangereuse pour moi que pour les malheureux passants que j'aurais pu violemment percuter sur ma route.
Édouard et les deux filles m'attendaient sagement devant la bijouterie. Des présentations courtoises mais brèves s'imposent… Hélas, tellement drogué par mes cocktails d'alcool et de médicaments, je n'arrive pas vraiment à distinguer les traits du visage de cette jeune blonde, comme brouillés par un léger voile !
Nous sommes partis tous les quatre, les cheveux au vent (moi, c'était plutôt le cerveau au vent), dans ma belle voiture décapotable. « La dolce vita », pensais-je stupidement !
On décide de s'installer dans une pizzeria à Saint-Germain-des-Prés, où je n'ai presque ingurgité que du vin et de l'alcool fort. J'ai à peine touché à la nourriture : manger était pour moi synonyme de dessaoulement, or je me sentais vraiment trop bien dans mon ivresse pour commettre ce genre de bêtise ! Vous vous rendez compte ? Plus aucun fantôme pour me tirer les pieds ni pour m'injecter dans les neurones des pensées négatives. Le bonheur absolu !
Ensuite, nous sommes allés dans une discothèque branchée pour finir la soirée. (Et quelle soirée !) J'y ai commandé une bonne bouteille de vodka « bien frappée, s'il vous plaît, et avec des glaçons ». Je voulais jouer au connaisseur, mais je n'étais plus vraiment en état de faire la différence entre de la Vodka et tout autre liquide fortement alcoolisé !
J'ai pratiquement bu la bouteille entière à moi tout seul. Je faisais semblant de m'amuser, j'étais tellement saoul que je me suis allongé sur la banquette après avoir embrassé cette pauvre fille que mon état semblait ne pas déranger plus que cela.
Je ne sais toujours pas aujourd'hui comment j'ai pu traverser tout Paris en voiture dans cet état-là, déposer cette belle demoiselle à quatre heures du matin et rentrer ensuite jusque chez moi. Je me rappelle que mes yeux étaient juste entrouverts, je distinguais à peine les feux rouges des lumières des néons.
J'entre enfin dans ma cité HLM au 11, rue de l'Ourcq dans le dix-neuvième arrondissement – un endroit où ne vivaient que des gens de classe populaire, la mienne ! Le papa de mon voisin était éboueur, et le mien, que j'adorais, était pompiste.
Je m'arrête devant la porte de mon immeuble, j'ouvre la portière de ma voiture, je sors un pied et puis l'autre, mais… impossible de me soulever, de me tenir debout.
Je décide alors de me mettre à quatre pattes, mais même cela devenait difficile. J'ai donc commencé à ramper comme un serpent, ou plutôt comme un crocodile. Heureusement, j'habitais au premier étage. Bien sûr, comme tout bon alcoolique qui se respecte, j'ai mis une bonne vingtaine de minutes pour insérer la clef dans la serrure.
J'entre enfin chez moi, non… chez mes parents, dans ce « merveilleux décor cossu ». Avant de me mettre au lit, je me rappelle soudain ce que ce bon docteur de quartier m'avait dit : « Avant de dormir, cher ami malade, huit gouttes de ce flacon miracle. Huit gouttes, pas plus… » Ensuite, j'allais, paraît-il, dormir comme un petit ange !
J'attrape la potion magique, mais, trop fatigué et trop saoul pour compter les gouttes, je décide d'en prendre une bonne gorgée. Par maladresse, je finis presque toute la bouteille. Bon, ce n'est pas très grave, pensé-je, je dormirai d'autant mieux. En plus, j'avais quand même une nuit à rattraper ! (Ah folie… quand tu nous tiens !)
Voilà donc ce qui s'était réellement passé quarante-huit heures avant mon réveil comateux dans l'appartement de mes parents. C'était pour cela que j'avais dormi autant !
Et me voilà maintenant assis, enfoncé dans ce fauteuil, attendant que les effets des différentes drogues que j'avais consommées l'avant-veille se dissipent pour que je puisse enfin me lever.
J'ai parlé de cet épisode à un médecin. Il m'a dit qu'avec tout ce que j'avais avalé, j'étais sûrement passé à côté de la mort et que j'avais donc de la chance d'être là aujourd'hui pour le raconter. Beaucoup d'autres personnes dans ce cas n'ont pas eu la même opportunité ! Le suicide… la première cause de mortalité chez les jeunes. À cette époque, j'ai d'ailleurs tout juste vingt ans !
Je reste là, vautré dans ce fauteuil comme un roi déchu. Je ne peux pas bouger, à peine respirer convenablement. Je laisse ma vie défiler devant moi avec tout ce que j'avais fait – ou peut-être pas fait d'ailleurs – et qui m'avait amené là, complètement perdu, face à une défaite totale de mon existence.
La question pour moi n'était pas pourquoi je buvais, mais comment je faisais pour ne pas boire constamment.
Pour pouvoir vivre avec ce cerveau malade, il me fallait absolument être imbibé d'alcool et de drogue du matin au soir ! Personne ne peut vivre avec autant de fantômes dans la tête sans avoir recours à des calmants ou à des désinhibants !
L'alcool n'était pas une souffrance. Pour moi, c'était plutôt les périodes sans alcool qui l'étaient. Sans cette drogue, je me sentais vide, stupide, inintéressant, sans personnalité, sans profondeur et sans âme ! L'alcool m'était un besoin vital, tout comme la sève l'est pour les arbres, ou une perfusion de sang pour un malade. Il me redonnait vie en passant dans mon corps, dans mes veines, dans mon cerveau, dans mon cœur…
Tous mes organes pouvaient ainsi revivre et bouger dans le rythme de la vie – comme un mécanisme bloqué, trop sec, auquel on ajoute un peu d'huile, et hop ! tous les pistons reprennent leur activité. Grâce à ce merveilleux liquide salvateur, mon corps pouvait reprendre vie, les articulations pouvaient swinguer, les organes reprendre leurs fonctions initiales et mon sourire revenir se glisser sur mon visage. Je devenais comme un bon danseur, tout était enfin dans le bon rythme, et en mouvements coordonnés, s'il vous plaît !
Beaucoup d'amis m'ont demandé pourquoi j'étais devenu alcoolique. Je ne savais pas très bien. J'étais mal dans ma peau, je ne voulais pas être moi, je voulais être quelqu'un d'autre. J'étais en fait trop timide, trop sensible, trop susceptible, trop complexé, trop… En fait, je buvais parce que l'alcool avait un effet très fort sur moi. Après un ou deux verres, mélangés à plusieurs antidépresseurs, j'étais tellement enivré que j'avais toujours envie d'en boire plus, pour rester tout le temps dans cet état irréel et envoûtant. Je n'étais soudain plus complexé, je passais instantanément du complexe d'infériorité au complexe de supériorité. Ce qui avait pour conséquence de déstabiliser les gens autour de moi, car ils ne comprenaient plus si j'avais besoin d'affection ou d'un bon coup de pied au cul.
Une scientifique américaine a découvert qu'il existe, semble-t-il, une glande qui réagit différemment selon les personnes à l'absorption d'alcool, un peu comme pour les diabétiques avec le sucre.
Si, en outre, ces mêmes personnes présentent un terrain fertile, c'est-à-dire une personnalité fragilisée ou déstabilisée, elles vont alors essayer de s'appuyer sur l'alcool désinhibant pour se créer une autre personnalité. Mais celle-ci reposera sur cet élément externe, un élément chimique… qui manquera, obligatoirement, s'il n'est pas absorbé ! (Exemple : Jean-Luc + rien = rien ; Jean-Luc + alcool = Mister Hyde le super-cool.)
Eh bien, cela a été exactement mon cas. J'étais mal dans ma peau, et l'alcool me donnait le courage qui me manquait pour m'exprimer et m'affirmer.
Sans cet alcool, je me sentais exclu, complexé, j'essayais de faire semblant d'être heureux, car j'avais peur que les gens me fuient. Je n'étais jamais dans le bon timing : mes plaisanteries tombaient à plat, mes coups de gueule n'arrivaient jamais au bon moment. J'étais un pitre ridicule, un bouffon sans humour, qui, par ses comportements inappropriés, mettait mal à l'aise tout son entourage !
Je supportais très mal les plages de silence. Il fallait que j'en rajoute, que je comble les vides. J'en faisais toujours trop, je me sentais souvent comme un mauvais animateur de jeux télévisés qui essaie lourdement de justifier son salaire en rajoutant toujours une petite blague inutile.
Je fatiguais les gens qui m'aimaient et j'agaçais ceux qui ne m'appréciaient pas !
J'ai toujours été complexé. Je voulais être blond aux yeux bleus, avec les cheveux raides. Je voulais que l'on dise de moi : « Regardez, il a une tête d'ange, il est blond comme un petit ange. » Au lieu de cela, j'étais brun, cheveux frisés, on devinait facilement mes origines orientales. Moi qui voulais ressembler à un Occidental, un Français, un Anglais ou, mieux, un Suédois… j'étais un Juif, né en Tunisie ! Quel paradoxe pour un petit pied-noir ! J'avais d'ailleurs horreur de ce mot « pied-noir », cela sous-entendait dans mon cerveau d'enfant que j'avais les pieds sales !
La réflexion qui me faisait le plus mal à l'époque, c'était quand les gens me disaient de manière péjorative : « Mais, les pieds-noirs, c'est pas pareil que les Arabes ? » (J'essayais de trouver un subterfuge pour cacher mes origines arabes.) Non, merde ! Les pieds-noirs, ce sont des colons : nous sommes des Français envoyés par la France pour occuper les colonies qu'avaient conquises les militaires à la demande de la France ! Nous avons été au service de la France ! Décidément, personne ne comprend rien !… Cela m'agaçait et me contrariait terriblement.
Moi, j'aimais Jacques Brel, Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Brassens, Barbara, Jean-Paul Sartre, Stendhal ! Je connaissais par cœur toutes les chansons du grand Jacques. Je pouvais, à partir d'un seul mot extrait de son répertoire, vous réciter toute la chanson. J'aimais la littérature, la poésie, l'opéra, les expositions, la peinture impressionniste et surréaliste, Van Gogh, Claude Monet, Paul Cézanne, Salvador Dali…
Quelle discordance ! Quelle contradiction ! Ressembler physiquement à la caricature d'un des personnages du film La vérité si je mens et se retrouver avec l'âme et la sensibilité d'un écorché vif !
Un autre petit clin d'œil de la part de mon ange gardien qui avait quand même, vous le reconnaîtrez, un humour assez particulier !
J'étais tellement timide que, dans certaines situations, quand on me faisait une réflexion en public ou que l'on me regardait avec insistance, je devenais tout rouge. Je sentais le sang battre dans mes joues, j'avais l'impression d'être écarlate, je bégayais, je transpirais, c'était un sentiment atroce ! Dans ces moments-là, je ne voulais plus qu'une seule chose, me sauver, courir, courir le plus vite possible pour aller me cacher dans un coin, un endroit… n'importe où, pourvu qu'il n'y ait aucun regard !
J'étais vraiment complexé de tout, je rêvais d'être d'une famille bourgeoise avec un père médecin ou avocat, de nationalité française, anglaise ou suédoise, peu importe, mais pas pied-noir, pas juif pied-noir, par pitié… s'il vous plaît !
C'est pas possible, ils se sont trompés là-haut ! Hé, les gars… Vous avez fait une erreur ! Ça arrive, pas de problème, je ne vous en veux pas, on est des copains ! Il faut juste le reconnaître et rectifier le tir rapidement ! Je ne peux pas rester là-dedans, aidez-moi, sortez-moi de là ! NE ME LAISSEZ PAS COMME ÇA !
Mais rien, aucun écho, aucune réponse, silence radio… Ils étaient sûrement tous gênés, ils avaient probablement honte de faire face à la réalité qu'ils avaient créée, à leur grossière erreur.
Et moi, pendant ce temps-là, je souffrais, je n'étais pas dans le bon corps, pas avec le bon cerveau.
Allez, qu'on me vienne en aide, à la fin ! Mais tout le monde avait l'air de s'en foutre complètement…
Alors, je buvais pour ne pas trop ressentir la douleur. Mais à force de boire pour être quelqu'un d'autre, j'avais fini par développer deux personnalités en moi. J'étais devenu schizo, un peu comme Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il y avait celui qui n'osait pas trop parler, qui ne savait pas rire, pas vivre, celui qui était toujours maladroit, tendu et angoissé. Puis, il y avait l'autre, celui qui n'avait le courage d'apparaître que lorsque le peureux avait bu la potion magique. Une fois sa soif étanchée et son besoin de médicaments assouvi, il pouvait enfin exister et prendre les commandes, ce Mister Hyde qui avait l'audace de répondre aux réflexions sarcastiques en regardant les gens droit dans les yeux. Il répondait du tac au tac, ne rougissait pas, ne bégayait pas, ne transpirait pas. Au début, il faisait même rire tout le monde. Ah ! Je l'ai aimé, celui-là, je l'ai même admiré par moments. Il savait parler aux femmes, les séduire avec un petit regard souriant et complice.
Il savait refaire le monde, parler philosophie. Je pouvais ainsi mettre en valeur tous les livres que j'avais lus, toutes les poésies que j'avais aimées ! Ma sensibilité pouvait enfin s'exprimer sans que ce maladroit, ce poltron rougissant, ne vienne tout gâcher !
Mais ça, c'était le début : l'alcool ami, l'alcool complice, l'alcool béquille. Celui qui vous donne l'impression que vous pouvez dévorer le monde, que vous pouvez tout vous permettre ! Par exemple, expliquer au président de la République comment se comporter et comment diriger la France… Tout vous semble permis et accessible ! « Eh oui, bande de naïfs, d'alcooliques/drogués aveugles et bornés, quand l'alcool veut vous piéger, il ne va tout de même pas vous dévoiler l'autre côté du miroir tout de suite ! » Il va d'abord vous séduire, vous montrer le pouvoir que vous allez acquérir, qui va vous être offert grâce à lui, grâce à sa collaboration, grâce à son compagnonnage ! Un peu comme dans ce vieux film avec Michel Simon et Gérard Philippe, La Beauté du diable. Quand j'ai revu ce film dernièrement, j'ai compris à quel point il m'était adressé.
À l'époque, je n'avais rien compris du sens de la vie, je ne comprenais d'ailleurs pas pourquoi le héros du film refusait la proposition de Méphistophélès : être « puissant, fort et envié », même si des personnes en souffrent ! Pas grave, la souffrance, ça fait partie de la vie après tout ! Tant pis, tant pis pour eux. En plus, ce n'était même pas moi qui allais souffrir, les autres pouvaient bien accepter cela. Et puis, c'était pour la bonne cause, la seule importante à mes yeux : MOI ! Moi, mon bonheur, ma soif de pouvoir et de reconnaissance ! Je voulais qu'on m'aime, qu'on m'admire, qu'on se prosterne devant mon intelligence et mon humour exceptionnels !
À cette époque, je l'aurais acceptée, moi, et les yeux fermés même, cette fantastique et généreuse proposition : la « beauté du diable » ! Être fort et puissant en marchant sans scrupule sur la tête des autres. D'ailleurs, c'est bien ce que j'ai essayé de faire avec l'aide de l'alcool, n'est-ce pas ?
Je vous passerai toutes les fois où je me suis endormi chez des femmes dont j'avais tout oublié, le visage, le prénom, et même l'existence ! Mes vomissements dans les toilettes des boîtes de nuit, mes petits accidents de la route, mes pertes de mémoire, mes crises de pleurs, mes réveils glauques. J'aurais préféré être mort tellement j'avais honte, mal à la tête et mal à l'âme ! Les frustrations, les angoisses, les peurs, les pleurs, les mensonges… rien ne manquait ! J'avais tous les maux, toutes les angoisses, toutes les maladies : parano, schizo, mégalo…
Je pense que vous comprenez maintenant peut-être un peu mieux pourquoi je voulais tant mettre fin à ma futile existence.
Ma vie n'avait aucune contenance, aucune intégrité, aucune authenticité : du vide, du vent, de l'esbroufe ! Un courant d'air avait plus de contenu. Je me sentais, à certains moments, plus inutile qu'une mouche !
Je me souviens d'un artiste pakistanais qui exposait ses peintures boulevard Saint-Germain. Il avait une pancarte avec une formule qui me faisait souffrir chaque fois que je passais devant : « Si vous êtes hors du monde, vous gênez le monde ! » J'avais l'impression que cela m'était adressé, à moi en particulier !
Je me sentais perpétuellement hors du monde. Je ne pouvais communiquer réellement avec personne. Je craignais de parler de mes angoisses à mes proches de peur de les faire fuir. Mon cerveau ne fonctionnait pas comme il fallait, je n'avais pas la notice, j'avais perdu le mode d'emploi. J'aimais la vie, mais je ne savais pas comment vivre avec mes concitoyens sans me heurter à eux, sans les déranger par mes paroles et mes comportements inappropriés !
Quand je réussis enfin à me lever du fauteuil après quelques heures de semi-somnolence, les yeux hagards, le visage et la bouche encore anesthésiés (la même sensation qu'en sortant de chez le dentiste), je fais quelques pas dans le salon en me massant les cuisses comme pour aider le sang à circuler. Enfin, ça y est, je suis maintenant revenu dans le monde des vivants ! « Welcome back, my friend ! La belle vie va recommencer comme avant, ne t'inquiète pas, tout est là, rien n'a bougé pendant ton absence. C'est pas une bonne nouvelle, ça ? Toutes tes peurs, tes angoisses, tes frayeurs, tes appréhensions, tes pensées négatives, tes fantômes… tous, ils sont tous là, tous tes amis sont revenus ! Ils sont tous là pour fêter ton retour, ils sont tellement contents de retrouver leur stupide et égoïste proie ! Magnifique, non ? Alors… elle est pas belle, la vie ? Si c'est pas de l'amour, ça, c'est quoi ? »
Le téléphone sonne. (Heureusement qu'il est là, lui !) Je réponds d'une voix tremblante – j'avais horreur de répondre au téléphone à jeun. Une voix féminine me dit : « Tu vas bien ? Je suis inquiète. Depuis hier j'essaie de te joindre. » C'était la charmante blonde de l'avant-veille, Sylvie. Elle voulait m'inviter à dîner ce soir-là, chez elle, à la condition que cela ne me dérange pas qu'il y ait sa fille de quatre ans avec nous. Quand on est un désespéré, personne ne nous dérange, c'est plutôt nous qui craignons de déranger les autres par notre manque de présence, notre néant intérieur, notre âme et notre personnalité vide et décalée !
Je suis passé la voir chez elle vers dix-neuf heures. (Je n'avais rien d'autre à faire.) Je suis entré avec un sourire figé. Elle m'a gentiment fait remarquer que je n'avais pas vraiment bonne mine. J'ai esquissé un deuxième sourire maladroit, balbutié quelques mots d'excuse et me suis attablé. Elle a essayé de me faire la conversation. Moi, je répondais tant bien que mal : en fait, ma bouche tremblait chaque fois que je prenais la parole. Sa fille me dévisageait, étonnée et inquiète de ce drôle d'adulte qui n'avait vraiment aucune assurance !
Sylvie tentait d'entretenir la conversation avec moi quand, tout à coup, n'en pouvant plus, je me suis mis à pleurer, mais à pleurer tout mon saoul ! Je pleurais en suffoquant comme un petit enfant malheureux. Elle m'a pris dans ses bras pour me consoler. C'était un geste plus maternel que sensuel. Ensuite, elle m'a demandé de l'attendre dans sa chambre le temps qu'elle couche la petite… C'est ce que j'ai fait.
Quand elle est revenue dans la chambre, elle m'a repris dans ses bras, j'ai pleuré tout doucement quelques instants, puis je suis resté toute la nuit serré contre elle comme un enfant terrorisé à l'idée de quitter les bras de sa maman. Au milieu de la nuit, il a même fallu qu'elle desserre mon étreinte pour pouvoir aller aux toilettes.
Je suis resté chez elle quelque temps. Je suis presque devenu son deuxième enfant, mais pour quelques mois seulement, le temps de soigner mes blessures intérieures. J'avais tellement besoin de tendresse ! Puis, je me suis sauvé. Dès que les gens me témoignaient trop d'amour, cela m'était insupportable, donc je partais… Je disparaissais, car leur amour m'étouffait. Ne pouvant pas m'aimer moi-même, je ne pouvais pas comprendre ni supporter que l'on m'aime !
J'ai passé ensuite des mois à faire semblant d'être normal, à faire semblant d'exister, d'être comme les autres. Heureusement, l'alcool et les pilules m'aidaient beaucoup dans cette démarche laborieuse !
Je me rappelle certaines fois où je me promenais toute la journée, seul, dans les quartiers bourgeois et isolés de Paris, évitant ainsi de croiser des gens de mon entourage. Mais lorsque, par malheur, il m'arrivait de rencontrer quelqu'un et que l'on me demandait : « Alors, comment ça va ? », je ne savais plus quoi répondre. Je pensais que mon désespoir se voyait tellement que je ne pouvais le dissimuler.
Que leur dire, d'ailleurs ? « Je vais très mal, figurez-vous, j'essaie de ne pas trop penser au suicide, mais c'est difficile, j'ai du mal à vivre, à respirer convenablement à cause de mes angoisses. »
Voilà la vérité que je n'avais absolument pas le courage d'avouer à qui que ce soit ! Alors, quand il m'arrivait de rencontrer quelqu'un par hasard, je balbutiais, gêné, quelques mots avec un sourire niais et « m'excusais déjà de n'être pas plus loin » (Jacques Brel) ! Les gens me regardaient avec une expression affligeante, un mélange de dégoût et de pitié. Je souffrais beaucoup de ces rencontres accidentelles. Je me haïssais d'être devenu un bouffon stupide, incolore, inodore, insipide, un rien de chez rien, un léger courant d'air, une pauvre âme perdue et errante dans les rues de la ville !
Je me sentais déconnecté de tous les autres êtres humains, je ne pouvais m'identifier à personne et je pensais être malheureusement le seul dans cet état ! Il ne me venait pas à l'idée, il ne me traversait même pas l'esprit que d'autres personnes pouvaient ressentir les mêmes souffrances. J'enviais tout le monde, les malades, même les cancéreux, car ils avaient droit à une reconnaissance, eux, une reconnaissance de leurs souffrances… moi pas ! Moi, je n'avais aucune maladie apparente, c'est la raison pour laquelle la plupart des gens me regardaient souvent avec répulsion et culpabilité.
Pourtant, j'étais malade, très malade même. Mon âme souffrait, mais cela ne se voyait pas. Je n'avais pas de blessures ouvertes ni de virus détectables. On ne reconnaît véritablement la maladie d'un déprimé ou d'un dépressif que quand son symptôme le plus apparent s'exprime de la manière la plus lugubre… lorsqu'il tente en désespoir de cause de se suicider – ou mieux, quand il a réussi l'exploit majeur : mettre fin à sa pauvre et misérable vie ! Là, tout le monde y va de bon cœur : « Le pauvre garçon, il devait vraiment souffrir pour en arriver là, pauvre petit chéri, j'aurais tellement aimé le consoler, le prendre dans mes bras, lui donner de l'amour et de l'affection. » Mais, c'était avant qu'il fallait le faire, avant l'irréparable, pas après ! Après, on s'en fout de votre amour et de votre compassion : on est mort, disparu, plus personne, plus rien… Nada. Alors, utilisez vos pansements avant, quand on n'est que blessé… pas après, pas quand c'est trop tard ! Un mort ne ressent pas votre amour, un mort ne ressent pas votre affection, celle que vous auriez dû soi-disant lui donner avant l'irréparable !
On devrait apprendre aux gens à reconnaître les symptômes de la détresse, de la déprime, de l'angoisse et de l'isolement intérieur ! Comment venir en aide à ces jeunes qui souffrent du mal de vivre, qui saignent de l'âme et dont l'hémorragie vide au fur et à mesure la substance invisible qui forge l'âme, cet esprit qui constitue la densité de l'être ? Moi, je me sentais vidé, perpétuellement en courant d'air, d'aucune consistance, d'aucune densité. J'osais à peine dire bonjour de peur de déranger ceux qui semblaient vivre normalement.
Je me vidais petit à petit de mon âme comme un corps blessé se vide de son sang. Malheureusement pour moi, cela ne se voyait pas, pas autant du moins que sur un blessé corporel.
Je me sentais tellement désemparé, tellement seul, tellement déconnecté des autres, que j'enviais le monde entier de ne pas avoir eu la malchance d'être moi !
Je me souviens d'un retour de discothèque au petit matin. Nous étions trois nouveaux couples formés dans la chaleur de la nuit, dans la chaleur des spots clignotants, le véritable amour, quoi… Celui qui venait juste de naître quelques heures auparavant, nourri autant par un désir sexuel que par l'envie d'éjaculer rapidement, de plaire, de séduire… Séduire tous ceux qui passaient, pourvu qu'ils soient du sexe opposé…
En ce qui me concernait, c'était le manque d'affection et de tendresse qui me faisait confondre l'amour et le besoin d'être aimé. D'être aimé par n'importe qui d'ailleurs : ma voisine de palier, madame pipi, les sœurs de mes amis, leur maman, leur tante, n'importe qui… Donnez-moi juste de l'amour, vite, n'importe comment, en perfusion, en pilules, en bouche-à-bouche, mais ne me laissez pas tomber, pas comme ça, seul, assis dans la chambre sale et obscure de mon cerveau malade avec mes milliers de pensées assassines !
Nous avions donc décidé d'aller prendre un petit déjeuner dans un café parisien. L'heure avançant, mes anxiolytiques et mon alcool consommés la veille faisaient leur descente vers zéro gramme. Je me sentais dessoûler. Petit à petit, mon sourire se crispait, je faisais semblant de m'amuser, de participer à l'ambiance générale, mais j'étais très mal, de plus en plus mal !
Soudain, mes yeux se sont attardés sur deux balayeurs d'origine africaine qui travaillaient dans la rue devant la vitrine du café. Ils discutaient, ils semblaient rire de leur conversation. Je les ai regardés, j'ai eu un temps de pause, et tout à coup, je me suis mis à pleurer tout doucement. J'étais arrivé à un point tel que j'enviais le monde entier. Même les gens qui paraissaient être au plus bas de l'échelle sociale (selon, bien sûr, nos critères occidentaux de réussite) me semblaient plus heureux que moi : un balayeur pouvait parler, communiquer, rire, sans avoir besoin de drogues ou d'autres artifices de survie.
Moi, pour communiquer avec les êtres autour de moi, il me fallait une aide chimique extérieure, à la manière d'un handicapé qui a besoin de ses béquilles pour se déplacer comme tout le monde – enfin presque comme tout le monde (les bras cassés me comprendront).
J'ai continué de tenter de survivre, de faire semblant d'être heureux, de paraître normal quelques mois de plus, quelques années de plus, et bien sûr, avec l'aide de mes deux meilleurs potes, mes pilules et mon alcool. Avec eux, cela me semblait possible de tenir encore quelque temps.
Quelques mois plus tard, j'ai rencontré une fille dont la maman était alcoolique (pour un hasard, celui-ci en était un beau, non ?), et qui s'était éprise de moi. Je l'ai manipulée autant qu'elle m'a manipulé, entre autres pour qu'elle me suive à Los Angeles !
Je ne voulais pas que les gens autour de moi, un peu comme des vautours, me voient dégringoler encore plus bas. Je savais très bien au fond de moi que je ne pouvais pas empêcher cette descente aux enfers. Je me sentais pris à l'intérieur d'un entonnoir géant dont les parois huilées interdisaient toute tentative de ralentir la chute ; vous ne pouvez vous accrocher à rien, vous glissez inexorablement vers le petit trou noir qui représente la fin absolue !
J'ai vendu ma voiture, une Golf blanche décapotable, j'ai emprunté un peu d'argent à mon père, qui a d'ailleurs, le pauvre homme, contracté un prêt auprès de sa banque pour l'occasion. Il ne pouvait rien refuser à ses enfants : trop généreux, trop compatissant, mon papa, le héros de mon enfance !
Puis, j'ai contacté des sociétés qui fabriquaient des vêtements. Les patrons étaient censés être des amis d'amis à des amis à moi… Des amis par alliance, en quelque sorte ! J'ai réussi à en convaincre quelques-uns de me prêter une collection de vêtements afin que je les représente à Los Angeles, moyennant une commission sur les ventes. Je suis donc parti avec deux lignes de vêtements ainsi qu'une magnifique collection de ceintures baroques fabriquées en Allemagne par une jeune styliste d'origine juive !
C'est surtout la vente de ces ceintures, dans les magasins de détail de Los Angeles, qui m'a permis de vivre dans un confort matériel relatif pendant ces deux ans aux USA !
Arrivé à Los Angeles, j'étais d'abord enthousiaste, euphorique, presque heureux. Les avenues bordées de palmiers, de cocotiers, les étoiles sur Hollywood Boulevard, les plages de Malibu, de Venice Beach : j'étais au paradis des enfants de Disneyland, mieux… j'étais dans l'écran couleur de ma télévision, je marchais dans les rues des films de mon enfance, de Starsky et Hutch, de Paul Newman, de Steve McQueen et de tous les héros que j'avais aimés ou détestés quand j'étais môme ! Moi, le petit Juif pied-noir venant d'une cité HLM, je pataugeais dans la ville du show-business ! N'était-ce pas merveilleux ? J'étais à Los Angeles, en Californie, California dreamin', et mes amis parisiens m'enviaient, me jalousaient même… Le bonheur ! J'adorais que les gens m'envient, cela me donnait l'impression d'exister, de ne pas être un pauvre type, un pauvre désespéré, perdu et rejeté par ses frères humains !
Oui, cela semble idiot aujourd'hui, mais avoir de l'importance aux yeux des autres me réconfortait, me donnait du courage, me mettait du baume au cœur. C'était, hélas, « pour quelques instants, pour quelques instants seulement », car mon mal de vivre m'attendait, tapi tranquillement dans un coin. Il semblait me répéter chaque fois la même chose : « Amuse-toi, petit ! Moi, j'en profite pour me reposer un peu afin d'être encore plus puissant, plus violent et plus acharné à ta prochaine déprime ! »
Et bien sûr, très vite, quelques jours, quelques semaines au maximum, une fois l'euphorie du « tout nouveau tout beau » dissipée, mes angoisses et mes peurs ont réussi à me rejoindre… je ne sais pas quel vol elles ont pris : Air France, British Airways, ou peut-être Air Lucifer ou Air Belzébuth ? Enfin, qu'importe… Elles étaient là et bien là, mes angoisses, pas de problème, arrivage à bon port, tout le monde descend et on va faire un petit bisou au propriétaire des lieux… moi, en l'occurrence !
C'est drôle, pendant que j'écris ces lignes, un événement me revient en mémoire : quand j'avais vingt ans, j'écoutais les paroles d'une très belle et très triste chanson que je pensais écrite pour moi et qui m'allait d'ailleurs comme un gant (de crin). Le refrain commençait ainsi : « J'ai la tête qui éclate, je voudrais seulement dormir, m'étendre sur l'asphalte et me laisser mourir ! » Je me suis dit que le compositeur avait fait un petit séjour dans ma tête ! Cela m'étonnait d'autant plus que j'étais persuadé, à l'époque, d'être le seul à penser et à ressentir ce genre de choses. L'égocentrisme parfois nous joue de ces tours ! Il veut absolument nous faire croire que nous sommes uniques, surtout dans la tourmente et le mal de vivre, afin de nous isoler davantage des gens qui nous entourent, et plus spécifiquement de ceux qui nous aiment…
Je me croyais tellement différent et vide que je ne laissais personne m'approcher de trop près. Je craignais qu'en voyant à travers mon âme ils ne disparaissent, repoussés par le triste spectacle qu'offrait mon intimité cérébrale, mais aussi et surtout par la peur d'être happés par ce vide absolu où semblait flotter cette personnalité sans ossature !
Je continuais à boire et à prendre des médicaments de plus en plus fréquemment, en plus grande quantité, et de manière plus assidue. J'accumulais les faux pas, les disputes, les bagarres… Et les gens recommençaient à me fuir. Indéniablement. Quand il y avait des barbecues ou des soirées, le mot d'ordre général était de ne pas tenir au courant le maladroit, le « fouteur de merde », et surtout en aucun cas de l'inviter !
Ils avaient malheureusement raison : j'étais ingérable, insortable, incontrôlable. Je tentais lourdement de séduire toutes les femmes présentes, même accompagnées. Je m'engueulais avec tout le monde, je riais, pleurais et vomissais tour à tour – ou même parfois simultanément ! Quel charmant jeune homme, n'est-ce pas ? On en voudrait tous les jours un à sa table pour égayer les longs déjeuners d'été !
Mais voilà qu'un soir, quelques semaines après avoir renvoyé chez elle, à Paris, la pauvre fille qui m'avait accompagné à Los Angeles (cette inconsciente m'empêchait de boire tout mon saoul !), je me suis retrouvé vers deux heures du matin chez une adorable jeune femme d'origine iranienne dont je ne me rappelle plus le prénom. (Elle aussi avait, comme par hasard, un papa alcoolique.) Elle avait un visage étroit avec un tout petit nez très retroussé qui laissait deviner de façon inesthétique l'intérieur de ses narines – résultat sans doute du travail bâclé d'un charcutier-chirurgien… En guise de poitrine, deux pamplemousses disproportionnés s'accrochaient à son corps trop menu. Ils étaient tellement droits et tendus qu'on les aurait dits tenus par des renforts d'acier. Malgré tout, l'ensemble paraissait assez sexy pour un garçon dans mon état (d'ivresse). J'ai bu chez elle quelques dizaines de verres de vodka et sniffé plusieurs lignes blanches de cet extrait de feuille de coca que de gentils agriculteurs sud-américains cultivent et qui est revendu par des coopératives de charmants Colombiens armés jusqu'aux dents ! Et tout cela, pour notre plus grand plaisir, ou pour notre plus grand malheur, c'est au choix…
Mais moi, ce n'était pas pareil. Moi, je buvais surtout pour me désaltérer et m'aérer le cerveau ! J'en avais besoin, car ce cerveau était constamment pris dans un étau, et ces drogues le libéraient, lui permettait de décompresser, comme un malade qu'on emmène respirer dans le jardin, ou une cocotte-minute dont la petite soupape relâche la pression pour éviter l'explosion !
Tel était le rôle que tenaient pour moi l'alcool et les barbituriques. Ils empêchaient mon cerveau d'exploser, ou d'imploser, sous la tension, la pression constante que je subissais ou me faisais subir moi-même, ce stress quasi permanent qui m'empêchait de vivre !
Vous venez de lire le début du premier chapitre, si vous n'avez pas aimé, je vous remercie d'en avoir lu autant et vous félicite car vous venez de faire l'économie de l'achat d'un livre.
Sinon, vous pouvez, soit acquérir le livre par envoi postal, soit son intégralité par email en pièce-jointe, moins d'une heure après avoir passé votre commande sur ce site. Le contenu de ce texte que vous pourrez, selon votre choix, imprimer sur papier ou lire sur n'importe quel ordinateur…
Attention pour infos : Nous sommes actuellement les seuls à imprimer, éditer et à distribuer ce livre…Il n'y a plus aucun stock ailleurs, mais malgré tout plusieurs sites continue à le proposer à la vente… Nous avons, à la demande de l'auteur, envoyé gratuitement en 2011 une cinquantaine d'exemplaires à des lecteurs qui, 3 à 4 mois après l'avoir commandé sur Amazon, à la FNAC, etc., ne l'avait toujours pas reçu… Sachez, que pour 2012, si vous le commandez ailleurs que sur ce site officiel, ce sera à vos risques et périls… Nous ne pouvons pas éternellement réparer les erreurs ou les manquements de revendeurs peu scrupuleux ou n'ayant pas mis à jour leurs bases de données !!!
Quelques commentaires de lecteurs :
J'ai pleuré, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai ri, etc. Que demander de plus à un livre, un film ou à une œuvre... Une lectrice, qui vous a lu avec délectation. Maryse de Liège
Je ne m'attendais pas à ce genre de livre, je suis époustouflé ! Je ne suis pas alcoolique, ni dépressif, pourtant je me suis reconnu à maintes reprises. J'ai adoré cette lecture. J'adore la petite touche d'humour toujours bien placée. Je pense que tout le monde peut se retrouver dans ce livre et c'est ce qui en fera son succès. Les émotions sont si bien détaillées qu'on a l'impression de les vivre avec l'auteur. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre d'une traite ! MERCI pour cette bouffée d'espoir. Gérard de Bruxelles
Vous avez pulvérisé les normes, les a priori et les idées reçues d'un revers de la main... Le fil conducteur de votre livre c'est l'amour tout simplement ! Un parcours, un être, un livre vraiment atypique... J'en sors un peu sonnée, je viens de me prendre des flopées d'amour en pleine face... Samira de Lille
Magnifique ! Splendide ! A lire et à relire ! Dans le monde actuel, quel baume au cœur ! Merci, merci, merci !!! Danielle Thommes
Je viens de terminer la lecture de votre livre, un mot Bouleversant !!! Que d'émotions en dévorant ces pages, du rire aux larmes, de la simplicité a l'humilité, de la tristesse à ce parcours magnifique. Quelle belle leçon de vie. On ne peut que sortir grandi, touché, ému de cette lecture, Un souhait maintenant qu'il soit lu par tous, pour que ce monde devienne enfin meilleur !!! Marylin de Bruxelles
Bonsoir Jean Luc, Je viens d'acheter votre livre pour en faire cadeau a mon fils de 36 ans, Au-delà de la détresse...L Espoir ! C'est ce titre qui m'a attiré Avant de le lui offrir, je voulais le lire Je viens de le terminer, quelle merveilleux récit, j'ai tant à vous dire... Je vous embrasse fort A bientôt,
Bonjour Jean Luc Dabi, merci pour cet agréable moment de lecture car j'ai lu votre livre en 2 jours... J'espère juste que vous en écrirez d'autres, j'ai été très touché par votre écriture et votre sens du détail. Pour moi, vous êtes un grand Monsieur.
Bonjour, j'ai eu la chance de lire votre, et je n'ai pas pu arrêter de le lire, donc nuit blanche mais quel beau récit et surtout que de leçons à tirer ! Merci de partager autant de choses avec vos lecteurs.
Par rapport à vous, je ne suis pas grand-chose. Votre live m'a remis à ma place. Je vais l'offrir à mes frères qui m'ont toujours demandé de leur apporter une "spiritualité" que je ne peux pas leur offrir car je ne suis ni leur père, ni un homme. Quelque part, vous me faites peur. Votre énergie -et votre soif de vivre- n'est pas "normale -au sens moyen. On n'a pas le droit de vous aimer, on n'a juste le droit de vous respecter.
Hello Jean- Luc, Je viens à l'instant de finir ton livre : BRAVO ! Captivant jusqu' au bout, un livre bourré d'ondes positives sur pleins de sujets. Je n'ai qu'un seul regret : il y a une fin ! Ca va me manquer de ne plus te lire ! Tu es très bel exemple, que la vie mérite d'être vécue. Merci pour tous ces bons moments de lecture ou j'ai souvent souri, voir ri aux éclats ! Tu as bien fait d'écrire plus que ces 40 pages que tu t'étais fixé au départ ! Un livre à mettre entre toutes les mains. Je t'embrasse, bel et talentueux écrivain !
C'est la première fois que je lis un livre aussi vite. J'ai une très mauvaise vue, donc je lis très peu. Mais là, je voulais que les heures s'arrêtent pour que je puisse lire tout en une traite ! Vous ne parlez que très peu de l'alcoolisme, mais beaucoup plus de l'espoir, de la vie, du futur, de ce que le monde serait avec juste un peu plus d'humanité. Tout le monde peut se reconnaitre dans ce livre, c est plein d amour et de tendresse malgré des passages difficiles mais qui n en a pas eu !!! MERCI pour ce cadeau
Commentaire posté par : Maryline le 25/03/2009
En fait ton livre m'a permis de faire des choses que j aurais été incapable de faire auparavant. J ai a-d-o-r-é ce livre, jamais je n aurais imaginé un récit aussi poignant. La mise en forme et cette façon de détailler les événements avec cette pointe d ironie et cet humour si spontané. En toute honnêteté c'est le livre qui m a été le plus passionnant et agréable à lire, même si des fois prise par le récit j étais envahie par toutes sortes d émotions diverses. J ai rencontré un monsieur alcoolique, je suis allée lui acheté ton livre, cela lui a fait beaucoup de bien de le lire. Enfin, tout ça pour te dire qu'à travers ton livre, tu as sauvé une personne qui était dans la tourmente. Je tiens à te dire MERCI pour ce que ce livre a apporté à moi et à cette personne qui maintenant croit à nouveau en la vie… Voilà cÂ'est très rare, mais là je le dis, je suis heureuse d'avoir eu la chance de te rencontrer et encore un grand MERCI à toi !!!
Commentaire posté par : Veronique le 20/03/2009
Sachez que votre ouvrage est très émouvant, on ressent bien votre vécu. Depuis, j'ai repris mon service à l'hôtel Social de Mons qui gère des situations précaires, les sans abris et logements d'urgences. Votre livre intéresse beaucoup les éducateurs et je leur prête volontiers, ensuite on en discute ensemble… C'est surtout pour vous dire que c'est très enrichissant ! Votre livre leur permet de se mettre un peu dans la peau des personnes en crises. Encore merci pour cela !!!
Commentaire posté par : Maryse le 17/03/2009
Ton livre... je le connais par coeur! Alors de temps en temps, j'aime lire les commentaires. Tous les commentaires. Ils sont parfois poignants, parfois émouvants, parfois tellement emprunts de vie, d'espoir, d'amour. Je m'en délecte autant que toi! Tu veux bien faire un câlin à Goliath pour moi?
Commentaire posté par : samira le 12/03/2011
Il est des rencontres qui nous bouleversent… un homme, un livre, une simplicité déroutante…
Commentaire posté par : Marie le 11/03/2011
Salut Jean luc....j'ai fini de lire ton livre, j'ai été époustouflée.... j'en ai eu des frissons... des larmes aux yeux ...merci encore à toi marie
Commentaire posté par : Manuella. le 01/03/2009
Je suis toujours en train de lire votre livre, il est superbement bien écrit, je me réjouis chaque fois d'avancer
Plusieurs milliers de commentaires, comme ceux-ci, sont visibles sur le site, à l'onglet « Avis des lecteurs ».
Nous sommes actuellement les seuls à imprimer, éditer et à distribuer ce livre…Il n'y a plus aucun stock ailleurs, mais malgré tout plusieurs sites continue à le proposer à la vente… Nous avons, à la demande de l'auteur, envoyé gratuitement en 2011 une cinquantaine d'exemplaires à des lecteurs qui, 3 à 4 mois après l'avoir commandé sur Amazon, à la FNAC, etc., ne l'avait toujours pas reçu… Sachez, que pour 2012, si vous le commandez ailleurs que sur ce site officiel, ce sera à vos risques et périls… Nous ne pouvons pas éternellement réparer les erreurs ou les manquements de revendeurs peu scrupuleux ou n'ayant pas mis à jour leurs bases de données !!!